AccueilContactAlbumsCantineCalendrierDroits et démarchesCompte-rendu de conseilMétéo

Une chambretaudaise en Amérique

La principale raison qui a motivé mon départ de France pour les États-Unis il y a plus de 6 ans déjà était professionnelle. Après avoir obtenue ma thèse à l’Université de Bordeaux, et ayant pour but de travailler dans un établissement public de recherche tel que l’INSERM ou le CNRS, je suis passée par l’étape obligatoire du “post-doc” (ou post-doctorat). Cette étape est nécessaire dans la carrière d’un chercheur en France (et ailleurs) pour avoir une chance d’obtenir un poste. Il était donc naturel pour moi de faire un post-doc dans un laboratoire reconnu au niveau international pour mettre toutes les chances de mon côté pour accéder à un poste de chercheur en France, ou ailleurs en Europe. C’était l’idée… à l’origine !

 

PittsburghLes Appalaches
Vue de Pittsburgh lors de l’hiver 2015.Les montagnes des Appalaches près de Charlottesville.

 

En avril 2009, je suis allée au États-Unis pour la première fois, à la Nouvelle Orléans, pour un congrès scientifique. C’est là que j’y ai rencontré mon futur employeur, un chercheur de l’Université de Virginie à Charlottesville, située à 2h de route de la capitale des États-Unis, Washington. Le 5 Janvier 2010, je prenais donc l’avion à Paris pour Washington, avec mes valises et un petit passager poilu : mon chat. J’ai travaillé pendant 4 ans à Charlottesville au sein du Centre de Recherche Cardiovasculaire, sur un projet de recherche axé sur l’hypertension. Puis en janvier 2014 j’ai entrepris un deuxième post-doc, cette fois-ci à l’Université de Pittsburgh en Pennsylvanie qui a abouti très récemment à l’obtention d’un poste de chercheur. Ma recherche ici au sein du Département de Chirurgie Cardiothoracique porte sur les anévrismes de l’aorte, et je travaille en étroite collaboration avec le chef de chirurgie cardiothoracique de l’hôpital universitaire de Pittsburgh. Une occasion presque rêvée qui, je pense, n’est que rarement, voire jamais, donnée en France si tôt dans la carrière d’un chercheur.

Mes premières semaines aux États-Unis, à Charlottesville ont été marquées par la neige, beaucoup de neige. Plus que je n’en avais jamais vu au cours de toute ma vie certainement ! Charlottesville est une ville de taille moyenne, proche de la taille de Cholet, au beau milieu de nulle part, à 3h de route de l’océan atlantique et à 1h de route des montagnes Appalaches, un coin magnifique. La communauté française à Charlottesville est assez importante, avec d’ailleurs de nombreux restaurants français aux noms difficiles à prononcer pour les américains (“Petit Pois”, “Fleurie”, “Zinc”, etc.). J’ai même eu l’occasion de manger des crêpes bretonnes au marché de Charlottesville un samedi matin faites par une dame originaire de Parthenay dans les Deux-Sèvres ! Ça ne s’invente pas… Certains français vivant à Charlottesville depuis longtemps disent que les français découvrent Charlottesville par hasard et ne veulent plus en partir. Il paraîtrait que cela soit dû au fondateur de la ville, Thomas Jefferson, qui est tombé amoureux de la France lorsqu’il était ambassadeur des États-Unis en France à la fin du règne de Louis XVI. Par la suite, Jefferson a entre autre écrit la déclaration d’indépendance des États-Unis et été élu 3ème président des États-Unis. Ce qui m’a le plus marqué lors de mes quatre années a Charlottesville, c’est l’intérêt qu’ont les habitants de cette petite ville pour la France. J’avais parfois l’impression qu’ils en savaient plus sur Lafayette et Napoléon que moi !  Autre fait marquant, Charlottesville est une région viticole avec plus de 300 000 ha de vignes, et les premiers cépages (principalement Viognier, Cabernet Franc et Chardonnay) ont été rapportés de France, par Thomas Jefferson à la fin du 18ème siècle. Le vin n’y est pas si mauvais qu’on pourrait le croire.

Pittsburgh est une ville complètement différente comparée à Charlottesville. Pittsburgh est aussi située au beau milieu de nulle part, à 5 h de route à l’ouest de Washington et 5 h de route au sud des chutes du Niagara. C’est une ancienne ville qui a fait fortune lors de l’explosion de l’industrie minière au 19ème siècle, et qui a donc fortement été affectée dans les années 70/80 par les fermetures successives des mines et aciéries de la région. Depuis le début des années 90, Pittsburgh s’est redynamisée grâce au développement considérable de l’Université de Pittsburgh, mais aussi beaucoup d’emplois ont été créés dans les domaines de la santé, de la recherche et de l’innovation technologique, ce qui est tout à mon avantage. J’ai eu l’occasion de croiser quelques français ici, mais ils se font plus rares qu’à Charlottesville. Cependant, si j’ai une envie de crêpe, de moules marinières ou d’un p’tit pastis, il y a un restaurant tenu par des français en ville. Il y a aussi un boulanger originaire de Châteaubriant dans un quartier de la ville, et à chaque fois que je passe la porte de sa petite boulangerie qui ne paye pas de mine, j’ai le sourire aux lèvres en voyant les articles de Ouest-France, ainsi que le drapeau breton et un fanion du FCNA accrochés au mur. Et cette bonne odeur de croissant qui me rappelle celle de la boulangerie de Chambretaud, me rend parfois nostalgique. Comme quoi, on trouve toujours un petit coin de France partout où on va.

 

Université sous la neigeCentre ville Pittsburgh
L’université de Virginie à Charlottesville. Vue du centre-ville de Pittsburgh en hiver.

 

Après 6 ans passés aux Etats-Unis, je pense m’être très bien adaptée et ne ressent pas la barrière du langage, ni de différence culturelle profonde. Avec les moyens de communications disponibles, il n’est pas trop difficile de rester en contact avec ma famille et mes amis de l’autre côté de l’océan. Le principal inconvénient, c’est le décalage horaire. Je ne pense pas avoir le mal du pays en tant que tel, mais parfois l’éloignement de ma famille et de mes amis se ressent, particulièrement lors des anniversaires et fêtes familiales. Ne pas voir mes neveux et nièces grandir est parfois difficile aussi. Cependant, grâce à Skype, j’arrive à garder contact avec toutes ces petites têtes blondes. J’ai aussi eu la chance d’avoir de nombreux visiteurs chambretaudais lors de ces 6 années, ils se reconnaitront. Grâce aux réseaux sociaux, je garde un lien avec la communauté chambretaudaise ainsi qu’avec les évènements locaux; je me tiens au courant des naissances, des mariages, des décès, de la vie du bourg de Chambretaud, etc. D’ailleurs, cela m’a fait très plaisir de voir le retour des inter-quartiers, un petit moment de nostalgie m’a parcourue je dois dire ! J’ai aussi une pensée particulière pour les amateurs de basket chambretaudais lorsque je vais à des matchs de NBA. J’ai eu l’occasion de voir les Chicago Bulls, et j’espère voir jouer les Cleveland Cavaliers de Lebron James la saison prochaine, puisque Cleveland n’est qu’à 2 h de route de Pittsburgh.

 

Vivre aux États-Unis m’a ouvert les yeux sur le fait que les stéréotypes ont la vie dure, très dure même. Que ce soit les stéréotypes des américains vus par les français ou des français vus par les américains. Je ne compte même plus les fois où l’on m’a demandé de choisir le vin au restaurant puisque je suis censée être experte en vin car française. Et je ne compte plus non plus les questions, parfois sottes, que l’on m’a posées sur les français (et les françaises), et les blagues sur les baguettes, sur les bérets, et les références aux films  “Le fabuleux destin d’Amélie Poulain” et “Ratatouille”. Aussi, l’américain croit que “sacrebleu” est le juron préféré des français. A l’inverse, les États-Unis sont loin d’être un pays rempli de buildings et de gratte-ciels comme on pourrait l’imaginer vu de France. Il y a un nombre incroyable de parcs nationaux, ainsi qu’une faune et une flore que je n’aurais jamais imaginées. Pas plus tard que la semaine dernière d’ailleurs, un groupe de dindons sauvages s’est perdu dans mon jardin, et j’ai la visite quotidienne d’une marmotte, d’un opossum, et de nombreux écureuils ont fait leur nid dans les arbres autour de la maison.

Pour conclure, le chapitre de ma vie aux États-Unis est loin d’être fini et est étroitement lié à ma carrière. Bien que j’aie eu la chance de voir du pays lors de voyages professionnelles, lors de weekends à New York, mais aussi durant mes vacances dans la famille de mon compagnon dans le Connecticut, ou en Californie, Las Vegas, etc., il me reste encore beaucoup de coins à visiter, et beaucoup de choses à découvrir, mais aussi beaucoup de petits plats locaux à déguster… Car qu’on se le dise, aux États-Unis on trouve du bon vin, du bon fromage, et de la bonne cuisine, mais il y encore du travail à faire sur le jambon-mogette !

 

Marie Billaud